Marchiani contre-attaque… Au bazooka !

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Après l’annulation des poursuites pour trafic d’armes, le préfet de choc, ancien des services secrets, spécialiste de l’antiterrorisme et des récupérations d’otages, juge sévèrement ceux qui se sont « mal conduits » dans cette affaire. Ils pourraient avoir « un jour à rendre des comptes ».

La chambre criminelle de la Cour de cassation vient d’en juger : il n’y a jamais eu de « trafic d’armes » vers l’Angola. Pour l’industriel Pierre Falcone, poursuivi pour ce motif, et qui depuis le 1er décembre trompe l’ennui en jouant aux échecs avec ses codétenus de Fleury-Mérogis, c’est une bonne nouvelle. Pour tous ceux qui, de Jean-Christophe Mitterrand à Jacques Attali, en passant par Charles Pasqua et Jean-Charles Marchiani lui-même, s’étaient vu reproche des délits « connexes » à cette affaire (recel d’abus de biens sociaux, trafic d’influence, etc.), aussi. En fait, l’Angola, confronté au terrorisme de l’Unita qui fut longtemps soutenue par l’Afrique du Sud de l’apartheid et par la CIA, a acheté des armes à la Russie. N’étant ni l’une ni l’autre des colonies de la France, ces deux pays n’avaient aucune autorisation à demander à celle-ci pour acquérir ou vendre des armes. Ce sont des Etats indépendants. Qui vendent (ou achètent) les matériels qu’ils veulent, civils ou militaires, à qui ils veulent. Il n’y a pas d’embargo. L’ONU soutient le gouvernement légal angolais, issu de la lutte d’indépendance, et conforté, en 1992, par des élections sous contrôle international.

Il y aurait eu « trafic d’armes » si du matériel de guerre français avait été vendu sans autorisation gouvernementale. Le ministre de la Défense aurait alors, c’est sa mission, constaté les faits, et porté plainte. C’est précisément l’absence d’autorisation de la Défense qui transforme une vente d’armes (légale) en trafic d’armes (illégal). En l’occurrence ce n’est pas le cas. De plus, le montage financier qui a permis à l’Angola de « payer », par l’intermédiaire de Pierre Falcone, les armes russes avec des cargaisons de pétrole, dans le cadre d’une sorte d’accord de troc, se faisait avec un préfinancement de Paribas – plusieurs centaines de millions de dollars. Or, révèle Marchiani, « les ministres des Finances successifs des gouvernements Balladur, Juppé et Jospin ont donné leur accord à Paribas, pour ces opérations. Elles n’étaient donc pas illégales ! »

« Trafic d’influence ? Nous sommes inquiétés par la justice d’avoir servi la France. C’est scandaleux ! »

Brenco en direction de nos comptes. Ces accusations ne tiennent pas. On nous accuse malgré des documents qui prouvent le contraire.

Aujourd’hui, la chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris, devant laquelle tout le dossier est maintenant renvoyé, doit dire quelles sont, parmi toutes les pièces de cette procédure, celles qui doivent être annulées. Mais, à mon avis, c’est tout, ou presque tout. Parce que tout procède de ce point de départ. Je ne vois pas quel délit aurait pu être commis de manière autonome dans ce dossier. Une affaire ou il n’y a pas un centime de fonds publics qui soit en cause, pas un seul centime qui ait été détourné ou escroqué ou évaporé au préjudice d’une personne, physique ou morale. Une affaire ou il n’y a pas de partie civile, ou personne n’est venu accuser quelqu’un d’avoir fait ci ou ça, ou personne ne dit « Monsieur X m’a spolié, m’a volé… » Une affaire ou les seuls fonds dont on parle sont soit des fonds du gouvernement angolais – qui n’arrête pas de protester contre cette procédure au nom de sa souveraineté, et qui a adressé une lettre très ferme à ce sujet au président Chirac -, soit des fonds personnels de M. Falcone – qui fait ce qu’il veut de son argent.

Dans la justice comme dans la police, il y a eu des comportements indignes

On voit très bien l’exploitation politique qui a pu être faite de tout cela contre Charles Pasqua, contre le RPF et contre moi-même. Mais on ne voit pas très bien comment cela peut déboucher sur le plan pénal. Et puis, il y a des règlements de comptes. Celui du Syndicat de la magistrature, qui a publié un communiqué triomphant, comme si c’était le rôle d’un syndicat, quelques heures après l’annonce par le parquet de poursuites engagées contre nous. Ces gens-là se vengent. Ça remonte à la prise d’otages de la maternelle de Neuilly, l’affaire Human Bomb. Nous avions été amenés à traduire ce syndicat en justice, et à le faire condamner pour diffamation.

Dans la police aussi, il y a eu des comportements indignes, en particulier sur les personnes qui pouvaient apparaître comme les plus faibles, nos collaboratrices, qui ont été menottées, menacées, insultées. Nous avons identifié dans cette affaire un commissaire divisionnaire, un commissaire et un officier de police qui ont eu une attitude dont il faudra un jour qu’ils rendent compte. Ces trois fonctionnaires échappent totalement à la hiérarchie de la police judiciaire. Nous savons avec quelles officines ils sont en contact. D’ailleurs, beaucoup de magistrats du siège ou du parquet, ainsi que des policiers, qui sont écoeurés par la façon dont se déroule cette procédure, nous manifestent leur sympathie. Toute cette mousse qui a été montée, tout ce montage médiatico-judiciaire ! On l’a vu encore ces derniers jours avec la transmission à la presse de pièces pas très authentiques. Comme cet article du Canard enchaîné, repris dans le Monde, au sujet d’un virement de fonds en Corse, au nom de Pasqua : il s’agissait en réalité d’une banale affaire d’achat de maison avec un agent immobilier du nom d’Antoine Pasqua, qui n’a rien à voir avec Charles Pasqua. Personne ne me fera croire que le journaliste ne l’avait pas vérifié. C’est élémentaire. Il le savait. C’est un policier indigne qui lui a transmis l’« info », en lui disant « efface le prénom ! » Montage ! Comme les fameuses disquettes informatiques qui soi-disant nous accusent. En fait, elles sont arrivées là ou le juge les a trouvées quelques heures avant la perquisition. Elles ont été transcrites hors de la présence des intéressés, en contradiction flagrante avec le Code de procédure pénale. Ces juges prétendent engager des poursuites pour des faits commis à l’étranger et, de plus, au-delà des délais de prescription. Et les pièces de procédure sont remises à la presse de manière systématique quelques heures après avoir été enregistrées, avant que nous ne les connaissions nous-mêmes. Après tout cela, nous attendons toujours que quelqu’un nous dise clairement : voilà l’infraction qu’on vous reproche !

Quant à l’accusation de « trafic d’influence » pour la décoration de M. Gaydamak… Mais ce n’est pas moi qui lui ai fait avoir cette décoration ! Elle lui a été accordée sur le contingent personnel du président de la République ! C’est dans le dossier ! M. Gaydamak a joué un rôle capital dans la mission que Jacques Chirac m’avait confiée pour la récupération de nos deux officiers pilotes en Serbie. Et c’est tout ce qu’ils ont trouvé pour une mise en examen, pour moi-même, et pour Charles Pasqua ! Alors, comme ça, en 1996, nous aurions intrigué pour faire avoir une décoration à une personne quatre ans avant qu’un de ses amis (parce que ce n’est pas lui qui est accusé de nous avoir donné de l’argent, mais son ami Falcone) apporte une aide à un parti (le RPF), dont nous ne pouvions même pas imaginer à l’époque que nous allions un jour le créer ! Les preuves de tout cela sont dans le dossier !

Mladic ne pouvait rien. Il fallait aussi l’accord de Karadzic et de Milosevic

Et qu’on ne vienne pas engager une polémique autour des déclarations du général Gallois. Le Mirage 2000 avec nos deux pilotes a été abattu le 31 août 1995. Nous avons été envoyés en mission fin septembre. Le général Gallois, qui a 90 ans – personne ne lui en fait reproche -, est allé voir le général Mladic, aux alentours du 15-17 novembre, à la demande d’un service de police, la DST, le commissaire Raymond Nart. Le général Mladic lui aurait tapé amicalement sur les genoux en lui disant : « Mon vieux, pas de souci, le retour de vos pilotes, c’est réglé, c’est comme si c’était fait ! »

Ceux qui connaissent un peu ce genre d’affaires le savent, il ne suffit pas d’envoyer un général de 90 ans, à qui on donne une tape sur le genou, qui rentre, pour que ça soit réglé ! L’affaire était tout de même un peu plus compliquée. Il fallait s’assurer que nos pilotes étaient encore en vie, identifier ceux qui les détenaient. Et contrairement à ce qu’à affirmé Gallois, ce n’était pas Mladic qui avait autorité, dans cette affaire mais Milosevic et Karadzic. Et c’est en arrachant leur accord à eux que j’ai pu ramener les pilotes vivants. Ce qui est scandaleux, c’est que nous sommes inquiétés par la justice de notre pays pour avoir servi la France.

Biographie

Jean-Charles Marchiani naît à Bastia le 06 août 1943 et fait ses études dans sa région natale avant de partir en métropole pour continuer ses études universitaires. C’est justement à cette époque, après son service militaire qu’il fut enrôlé par les services secrets, DGSE d’aujourd’hui. Après son éviction suite à une histoire houleuse, c’est dans le domaine de l’industrie qu’il se rabat pendant presque deux décennies avant de devenir l’homme de main de Charles Pasqua et l’un de ses conseillers les plus proches. C’est grâce à cette fonction qu’il a été mandaté à différentes affaires de l’état, surtout concernant des prises d’otages et qu’il a pu en résoudre la grande majorité. Préfet du Var pendant un temps, Jean-Charles Marchiani se hisse sur la scène politique en devenant député européen avant de prendre sa retraite en 2008.

Voir aussi une interview de jean charles marchiani

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